oui, mais c'est surtout le cas aujourd'hui. en fait, j'étais fils unique et généralement assez seul quand j'étais ado. je jouais dans ma chambre... je me branlais beaucoup... je dessinais aussi, puis il y a eu la guitare. c'était celle de mon grand-père, une vieille guitare classique. aujourd'hui, elle est dédicassé par André Reyes des Gipsy Kings. je suis toujours fan, la moindre note des Gipsy Kings me fait un truc au ventre, plus que n'importe quel morceau de Bob Dylan.
ton ascension sociale soudaine, tu la vis calmement ou elle te file le vertige ?
je reste calme. mais c'est quand même violent. après les beaux-arts, j'ai fait des boulots divers pendant deux ans. je bossais pour une société de services pour la Banque Populaire, on déménageait des bureaux, on posait des placos, on ramassait des papiers... j'ai vendu des chaussures chez Decathlon, où j'ai appris la différence entre une foulée universelle, et je me régalais à expliquer ça aux clients, qui évidemment s'en branlait et voulaient juste une paire de chaussures. il y a une technique qui consiste à regarder l'usure du talon et de l'avant pied et permet de comprendre quelle est sa foulée quand il court.
ta coupe de cheveux, qui est si constitutive du personnage Julien Doré, tu l'as trouvée à quel moment ?
mes cheveux poussent un peu comme ça, et Dieu sait que c'est pas facile. pour le casting de la Nouvelle Star, j'ai tenté la casquette un peu redneck, un peu Beck, un peu Beckneck. puis la barrette, mais que j'ai portée souvent en concert avant, pour ne pas avoir les cheveux dans la gueule en jouant de la guitare.
parfois, tu as le sentiment d'être un imposteur, quand tu te retrouves en studio, par exemple ?
en studio, non, pas du tout. c'est sûr que c'est troublant de se retrouver entouré de pointures rassemblées autour de son projet d'album. mais là, vraiment, si c'est pas à cet endroit que tu trouves ta légitimité et que tu sais pourquoi t'es là, c'est même pas la peine ! ça se sentirait dans ta façon de poser la voix de toute façon.
c'est quoi les premiers disques qui ont compé pour toi ?
Iron Maiden, je crois. mais j'écoutais pas vraiment, je redessinais les pochettes. à côté de ça, j'étais fan de Michael Jackson. j'ai redessiné la pochette de Dangerous. ma grand-mère était directrice du centre de danse de Cannes, et je me souviens avoir fait un show sur Michael Jackson, je refesais sa chorégraphie. ça avait été très fort d'oser devant trentes filles, toutes danseuses, j'avais 8 ans, c'était mon premier truc de performer. plus tard, j'ai découvert Nirvana. au lycée, j'ai écouté Radiohead, Sonic Youth, Pixies, Disonaur Jr... mais j'ai eu aussi des potes qui écoutaient du funk, Kool & The Gang. je fréquentais une vande de fêtards de Montpellier qui écoutaient de la dance dans leur voiture. mais j'ai jamais aimé aller en club. quand tu visites une discothèque en plein jour, tu es généralement saisi par la saleté, tu trouves ça un peu écoeurant. eh bien moi, en pleine nuit, bourré avec mes potes, c'est comme si je voyais le club en plein jour, je focalisais sur le pichet de coca dégueu sur les bords, la moquette décollée... je ne m'y suis jamais senti bien, ça m'a toujours paru la lose d'être en boite. c'est un peu pareil pour le sport. j'ai fait beaucoup de foot, mais pas parce que ça me faisait kiffer. plutôt pour faire partie d'une bande, pour partager une pizza après le foot, pour avoir le sentiment d'avoir une jeunesse,en fait. un jour, après l'adolescence, j'ai pris la décision de sortir de ma chambre et d'avoir des copains. mais c'était un effort, une sorte de composition. c'est drôle parce que j'avais le même âge que ces potes mais j'avais l'impression qu'ils étaient plus grands que moi. comme si j'étais sous eux. j'ai d'ailleurs toujours l'impression d'être plus jeune que je ne suis.
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# Posté le mardi 17 juin 2008 18:25 Les Inrockuptibles n°665 (16/06/08 au 22/06/08) (4)
tu as l'impression de t'être longtemps laissé porter par le courant ?
j'ai surtout l'impression d'avoir été profondément seul. mais ça vient du fait de ne pas avoir eu trop de meufs quand j'étais ado. j'étais timide, et puis moche aussi je crois, pas du tout séduisant. je ne faisais rien pour m'en sortir. les premières fois que j'ai joué avec Dig Up Elvis, et parce que j'étais chanteur, des filles qui m'avaient vu sur scène s'intéressait à moi, je n'en revenais pas. après, quand j'ai commencé la Nouvelle Star, des filles dont le numéro trainait dans mon répertoire, mais qui ne m'appelaient jamais, voulaient me revoir. là, j'en ai pas mal profité. le plus troublant, ça a été de voir que tout à coup j'intéressais des femmes de 30 à 40 ans, qui exprimaient leur désir de façon assez cash.
tu penses que dans dix ans tu feras encore de la musique ? tu seras devenu acteur ?
j'ai fait des essais pour le premier film de la fille de Luchini, Emma. finalement, ça ne se fera pas. mais après le premier essai, je me souviens d'être allée pisser et de m'être dit : "putain, ce que tu fais là, c'est vraiment ce que t'as envie de faire." après, j'ai fait d'autres essais, et ça m'a toujours beaucoup plu, même si, pour des raisons de planning, j'ai refusé le film. peut-être d'ailleurs que ce serait un pur concept de ne faire que des essais toute ma vie, d'être acteur dont la carrière n'a été que des essais...
c'est toi qui as réalisé le clip du single Les Limites ?
j'avais vu le clip de Chez Les Yéyés de Gainsbourg, un plan-séquence en pellicule où il chante au premier plan tandis que Jean Pierre Cassel apparaît au second. je rêvais de reproduire cette danse. on a vraiment repris le dispositif à peu près à l'identique. je tenais à tourner en pellicule, en plan-séquence, en noir et blanc, mais en proposant trois variantes, trois clips différents en fait. dans un film, je suis au premier plan, dans l'autre au second... et puis il se produit des trucs, un poney passe, Rémy Bricka l'homme-orchetre aussi... je me souviens de l'avoir découvert môme chez Druker. il traverse les générations de façon foudroyante. les trentenaires sont comme des oufs en le voyant parce que ça leur rappelle leur enfance, les gamines sont toujours aussi folles de ses oiseaux et ses feux d'artifice... avec un seul costume, il a réussi à traverser toutes les époques, et de façon très poétique en plus.
depuis que tu es à Paris, tu sors beaucoup, tu es très entouré. tu as peur d'être seul ?
c'est énorme que vous me demandiez ça, j'y pense sans arrêt. quand je vivais dans mon studio à Nîmes, je passais beaucoup de soirées tout seul, avec mon ordi, mes bouquins, j'adorais ça. j'en avais besoin. ça me faisait même peur qu'une meuf entre dans ce truc-là. ou juste de temps en temps. je me levais à 6h pour aller bosser, j'étais content le soir de rentrer chez moi... quand je me suis retrouvé à Paris, dans un appart un peu plus grand mais pas tant que ça, avec les même objets, je me suis mis effectivement à avoir la trouille d'être seul chez moi. j'avais toujours besoin d'appeler quelqu'un, de prendre un verre... je ne sais pas pourquoi. c'est vrai que jusque là, je n'avais pas beaucoup bougé, je n'étais jamais parti très loin de chez moi.
tout ce que tu vis en ce moment, le petit garçon de Lunel le voit comment ?
j'ai la chance d'avoir fait un premier album, j'ai fait des rencontres qui me rendent très heureux, du coup je me dis que des trucs plus noirs ne vont pas manquer d'arriver. c'est pour ça que j'ai très peur quand on me demande comment je me vois dan un an. hormis le fait que je ne sais pas du tout quoi répondre, ça me fait un frisson à la con. pourtant je n'ai pas peur de la mort. mais quand je me projette dans le futur, j'ai comme une crainte. de toute façon tout ce qui m'arrive depuis toujours, les beaux-arts, la Nouvelle Star, ce n'est pas moi qui l'ai créé. les choses me tombente dessus, et après je réussis plus ou moins à surfer au travers. récemment, j'ai vu un document où un mec surfait avec les requins. le mec sur sa planche, il lance une corde avec un bout de viande énorme au bout dans un endroit infesté de requins blancs. le requin chope la viande et trace avec. du coup, la planche file, tractée par le requin. ça me parle assez, je me vois un peu comme ça...
autour de toi, il y a des requins ?
oui, mais il y a aussi des dauphins. et des sirènes aussi. même des moules. c'est une bourriche assez cool.




